Le changement climatique, au cœur de l’évaluation des variétés de maïs
Les stress hydrique et thermique font désormais partie des contraintes de production des maïsiculteurs. Pour faire face à ces aléas climatiques, ils peuvent compter sur l’arrivée de nouvelles variétés, plus résilientes. En effet, le protocole d’évaluation des candidates à l’inscription tient compte du critère « environnemental ». Explications avec Céline Gelot du GEVES.

Sur leurs exploitations, les producteurs de maïs doivent, campagne après campagne, s’adapter au changement climatique. Mise en place de nouvelles pratiques agronomiques, gestion optimisée de l’irrigation… les leviers d’action sont multiples. Parmi eux, le choix de variétés plus résilientes. Sur ce point, tout se joue bien en amont, dès la sélection. Et pour être sûr que les nouvelles génétiques proposées à l’inscription apportent un réel progrès par rapport aux variétés déjà présentes sur le marché, différentes mesures sont réalisées, durant deux ans, lors de leur évaluation par le GEVES (Groupe d’Étude et de contrôle des Variétés Et des Semences). Les variétés testées sont comparées à plusieurs témoins, véritables références du marché. Avant les années 2010, l’étude, dite VAT, portait sur la Valeur Agronomique et Technologique des variétés. Mais depuis 15 ans, un nouveau paramètre, E pour « Environnementale », est apparu. On parle désormais d’études VATE.
Des essais répartis à l’échelle nationale
« Si le rendement, la précocité, la valeur alimentaire (pour le maïs fourrage), la résistance à la verse, aux maladies, aux ravageurs, la vigueur au départ, les dates de floraison, la hauteur de la plante… sont toujours évalués, la prise en compte de l’adaptation des nouvelles génétiques aux conditions environnementales revêt désormais un caractère essentiel, précise Céline Gelot, responsable des études et réseaux VATE maïs et sorgho au GEVES. En fait, la prise en compte du « E » formalise ce que nous mesurions déjà sans le décrire avec précision. Les cultures étant de plus en plus souvent soumises à des stress hydrique et thermique, il s’avère capital de décrire leur comportement dans ces situations. Et ce, en tenant compte des différents contextes pédoclimatiques rencontrés en France. » Voilà pourquoi les essais du GEVES sont répartis sur l’ensemble du territoire : plus d’une douzaine de sites par précocité sachant qu’il y en a sept en maïs grain et quatre en maïs fourrage ce qui, au total, représente entre 150 et 200 essais chaque année.
Pourquoi la prise en compte du « E » est-elle aussi importante ? « Car le fonctionnement physiologique d’une plante soumise à un stress peut être perturbé et se traduire par une baisse de potentiel », poursuit-elle. Sans compter que le facteur eau, quand il vient à manquer, induit des réponses variées selon les sols, entrainant des effets différents sur les cultures. D’où l’importance de mesurer le comportement de toutes les variétés dans différents contextes.
Les résultats de l’évaluation de chaque variété de maïs sont d’ailleurs consultables sur le site www.varmais.fr. Il est ainsi possible de comparer les atouts des variétés au sein d’une de différentes zones : la plus proche de l’exploitation, celle aux caractéristiques agroclimatiques similaires ou à l’échelle de la France. Cet outil permet également de découvrir la liste des nouveautés.
Retenir les variétés les plus pertinentes
« Pour chaque critère mesuré, des seuils ont été établis, explique-t-elle. L’enjeu est d’écarter les variétés ayant des défauts majeurs. » Ces règles de décision sont travaillées par des commissions d’experts et validées par la section du CTPS (Comité technique permanent de la sélection) avant d’être publiées dans les règlements techniques d’inscription. Non figées dans le temps, elles sont amenées à évoluer pour répondre au mieux aux attentes des utilisateurs : agriculteurs et industriels. En 2025 par exemple, 45 variétés de maïs ont été inscrites au catalogue français. « Avec la multiplicité des aléas climatiques, les essais deviennent plus techniques et parfois plus compliqués car soumis à de nouvelles contraintes, confie Céline Gelot. Pour autant, ce type d’essai, contraint, apporte des informations importantes et intéressantes sur les variétés. Nous essayons de les valoriser au mieux, même si ce n’est pas toujours possible. »
Une fois les variétés évaluées par le GEVES, les résultats sont soumis au CTPS pour admission. Au ministère de l’Agriculture d’entériner alors son inscription via une parution au Journal Officiel. Une longue étape qui assure aux agriculteurs l’accès à de nouvelles variétés performantes et en adéquation avec leurs contraintes de production.
Quelques chiffres
Les 150 à 200 essais annuels du GEVES dédiés au maïs (grain et fourrage) sont menés sur l’ensemble du territoire durant deux ans. Pour chaque zone de précocité, entre 12 et 14 essais, répétés trois fois.
« Pour chaque variété, les données cumulées sont multiples, précise Céline Gelot. Nous comptons, observons, mesurons, pesons… Elles permettent ainsi d’avoir une bonne vision du comportement de chaque génétique dans différents contextes pédoclimatiques. »